© Sous la pluie - Peindre, vivre et rêver
Sous la pluie - Peindre, vivre et rêver
du 07 Nov. au 01 Mars 2026
Musée d'Arts de Nantes
10, rue Georges-Clemenceau
44000 Nantes, France
https://museedartsdenantes.nantesmetropole.fr/
Elle tombe sans prévenir, efface les contours, fait vibrer la lumière, transforme le paysage… La pluie dérange autant qu’elle rassure, agace autant qu’elle émerveille. Le Musée d’arts de Nantes lui consacre sa grande exposition 2025, explorant ce lien intime et sensible que nous entretenons avec elle et qui a fasciné les artistes de la fin du 19e siècle aux années 1930.
Motif insaisissable, la pluie est un défi pour l’artiste. Comment représenter cet élément translucide et incolore qui voile le paysage et obscurcit l’horizon ? Attentifs à ses multiples variations, les peintres de plein air puis les impressionnistes sortent de leurs ateliers, allant au-devant d’une expérience tant sensible que physique. Témoins de la métamorphose des villes, ils dressent aussi le portrait d’une société urbaine qui arpente, sous la pluie, les rues et les grands boulevards. Ici, l’enjeu est moins de représenter la pluie que de suggérer l’effervescence de la ville moderne autour du parapluie, objet iconique d’une nouvelle culture populaire.
Entre histoire de l’art et histoire sociale, l’exposition évoque également l’avancée de la science météorologique, déterminante pour appréhender notre approche contemporaine au temps qu’il fait. Privilégiant une approche sensorielle, elle présente plus de 150 œuvres et mêle peinture, photographie, littérature, fragments sonores et extraits cinématographiques.
Déployée dans le Patio, l’exposition se prolonge dans la Salle Blanche et la Chapelle de l’Oratoire où sont présentés deux contrepoints contemporains : une œuvre vidéo de Julius von Bismarck et une installation sonore de Zimoun, révélatrices de notre relation parfois ambivalente à la pluie.
Peindre sous la pluie
En mettant au défi les moyens de la peinture, la pluie participe de l’émergence d’un questionnement artistique sur la transcription des sensations et des effets optiques qui se prolonge jusqu’à l’impressionnisme et au-delà. De sublimes dépressions (de Gustave Courbet à Tal Coat) en atmosphères vaporeuses (William Turner, Martin Johnson Heade, Angelo Morbelli), sa représentation s’affranchit de tout récit, oscillant entre le flou, le trait et le point (Claude Monet, Paul Sérusier), nourrie de la proposition graphique des estampes japonaises, ces « images du monde flottant » collectionnées par de nombreux artistes (Hiroshige, Toyokoni II, Hokusaï).
Vivre sous la pluie
Dans des villes en pleine croissance, aux larges avenues bitumées ouvrant de vastes perspectives et facilitant les déplacements, les modes de vie modernes s’accommodent de la pluie, simple désagrément météorologique. Le motif de citadins – trottin, parisienne et ouvrier confondus – traversant les rues et ponts boueux s’impose dans les années 1880-1890 (Joseph Palizzy, Jean Béraud, Honoré Daumier). Un portrait social et urbain se dessine, souvent plein d’humour. La silhouette singulière du parapluie, accessoire vestimentaire qui ponctue et parachève la silhouette, s’introduit dans cette imagerie, devenant l’objet de fantaisies formelles dans des compositions de Leonetto Capiello, Christian Krohg ou Félix Vallotton.
Rêver avec la pluie
Paul Verlaine avait inventé la grisaille et le spleen urbain, Barbara chanta la pluie à Nantes. L’association symbolique de la pluie à la mélancolie coïncide avec la naissance d’une sensibilité et d’un imaginaire moderne à l’aube du 20e siècle. Rejoignant le flâneur dans sa déambulation citadine, le peintre et le photographe traduisent en perspectives fluides et fragments miroitants une expérience esthétique de la ville sous la pluie (Albert Marquet, Émile Claus, Charles Lacoste, Brassaï, Alfred Stieglitz). Sous l’œil du cinéaste Joris Ivens, figée, floutée, graphique, et vibrant comme une mélodie silencieuse, la pluie devient un élément reliant, telle une couverture d‘eau (Regen, 1929).